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BPCO ET ARRET DU TABAGISME

Par le Prof. P. Bartsch
CHU Sart-Tilman

Toutes les grandes études menées de manière stricte sur des patients atteints de BPCO modérée démontrent que si les médications symptomatiques, comme les corticoïdes inhalés, les b2-mimétiques à longue durée d’action, les anticholinergiques à longue action, ont des effets sur la qualité de vie, sur l’importance et la fréquence des exacerbations, l’effet sur le déclin de la fonction pulmonaire est très modeste. La seule manière de ramener le déclin de la fonction pulmonaire à sa valeur naturelle est l’arrêt du tabagisme. 

L’étude de Doll et Hill sur les médecins anglais a bien montré l’histoire naturelle de la BPCO, permettant d’établir la mortalité liée à cette maladie et démontrant également qu’il existe une courbe dose-réponse entre fumeurs légers, moyens et importants. 

BPCO mortalité pour 100.000

Non-fumeurs                                                  5

Fumeurs < 15 cigarettes                            34

Fumeurs 15 – 24 cigarettes                       64

Fumeurs > 25 cigarettes                          106


Dans une population moins sélectionnée, Fletcher avait montré, à peu près à la même époque, que 26% des grands fumeurs développaient une BPCO.

Le phénomène particulier qui se développe au cours des dernières décennies, est la contribution croissante des femmes à cette pathologie : en 1970, 19% des BPCO étaient des femmes, en 1993 le chiffre est monté à 38,5%. 

La plus grande étude d’intervention dans cette histoire naturelle est la « Lung Health Study » conduite aux Etats-Unis depuis 1986 dans laquelle près de 6000 fumeurs ont été inclus. Deux tiers des participants ont fait l’objet d’une action intense de cessation tabagique associant à un programme de soutien psychologique de 12 semaines, tant sur le plan cognitif que sur le plan comportemental, et l’administration de gommes à la nicotine. Ce traitement a d’une part été parfaitement toléré, ne présentant aucun effet secondaire important, notamment de type cardio-vasculaire. Le taux d’arrêt, contrôlé par la mesure du CO dans l’air expiré et par le niveau de cotinine dans la salive, a été extraordinairement élevé dans cette étude puisqu’il atteignait 22% des participants au groupe d’intervention comparé aux 5% du groupe contrôle. Dès la première année, les quatre symptômes cardinaux de la BPCO, à savoir toux chronique, expectorations, sifflements respiratoires et dyspnée avaient considérablement diminué dans le groupe ayant fait l’objet de cette intervention intense. 

Les effets significatifs sur la fonction pulmonaire dans le groupe qui avait cessé de fumer ont été vérifiés 11 ans plus tard avec la démonstration que 93% des participants qui étaient abstinents pendant les 5 années de l’étude proprement dite étaient toujours abstinents après ce long délai. A ce moment, si 38% des fumeurs persistants avaient un VEMS inférieur à 60% des valeurs prédites, seulement 10% de ceux qui avaient arrêté étaient dans cette situation. 

Une chose plus intéressante encore : la « Lung Health Study » a montré que le déclin de la fonction pulmonaire chez ceux qui oscillaient entre arrêt et rechute était moindre que chez les fumeurs persistants, même après normalisation de la consommation de cigarettes : en effet, la diminution de VEMS pour ceux qui avaient complètement arrêté était de 0.33% par année, de 0.55% par année pour les fumeurs intermittents et de 1.18% par année pour les fumeurs persistants. 

Par ailleurs, s’il apparaît que les femmes sont plus résistantes aux stratégies d’arrêt du tabagisme, elles semblent bénéficier encore plus que les hommes de cet arrêt du tabac lorsqu’on considère l’évolution de la fonction pulmonaire. 

Cette même étude a par ailleurs montré que le gain de poids existe bien lorsqu’on arrête de fumer, qu’il est particulièrement élevé pendant la première année d’arrêt et que les femmes ont tendance à prendre plus de poids que les hommes. 

Peut-être en raison de la distribution différente de la graisse chez l’homme et chez la femme, l’effet de la prise de poids sur la fonction pulmonaire est un peu plus marqué chez l’homme que chez la femme. 

On sait par des études portant sur le système cardio-vasculaire que la prise de poids est beaucoup moins nocive que la poursuite du tabagisme ; la « Lung Health Study » a également démontré que l’effet de la prise de poids sur la fonction pulmonaire proprement dite est marginal par rapport à la poursuite de la consommation de cigarettes.

On peut espérer qu’à bref délai, nous pourrons disposer de médicaments d’aide au sevrage tabagique qui seront actifs à la fois sur la prise de poids et sur l’habitude tabagique.

Quoi qu’il en soit dès à présent, on doit inclure dans une bonne stratégie d’arrêt du tabac la prise en charge des répercussions pondérales de l’arrêt du tabac essentiellement liées aux modifications des habitudes alimentaires et à l’insuffisance de l’activité physique.

Dernière modification 07/11/2005   Contact