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Traitement efficace de la toxicomanie
Un traitement de substitution, première et unique alternative reconnue à la méthadone en Belgique et Premier arrêté royal réglementant le traitement de substitution
On estime à plus 30.000 le nombre de Belges héroïnomanes aujourd’hui ; plus de la moitié d’entre eux ne sont pas traités. Alors que l’efficacité du traitement de substitution est largement reconnue depuis de nombreuses années, jusqu’à récemment seule la méthadone était accessible en Belgique.
L’arrivée et le remboursement de première alternative à la méthadone – la buprénorphine – ouvrent à ce titre de nouvelles perspectives et le premier arrêté royal réglementant le traitement de substitution en Belgique apportent de nouveaux espoirs aux patients héroïnomanes, à leurs proches et leurs médecins.
Qu'est-ce qu'un traitement de substitution?Les traitements de substitution consistent à donner à des toxicomanes des médicaments de la famille de la drogue qu'ils utilisent, mais qui ne présentent pas les mêmes dangers et qui leur permettent de se stabiliser. Ce type de traitement entre dans le cadre d'une politique sanitaire dite de réduction des risques. Ses objectifs sont la réduction ou l'arrêt des consommations de substances psychoactives (agissant sur le cerveau) autorisées ou non, l'amélioration ou au moins la stabilisation de la situation sociale des toxicomanes, et une augmentation de leur accès aux soins, que ce soit pour des problèmes médicaux, comme pour l’hépatite C ou pour des problèmes psychiatriques.
Un loi pour encadrer ces traitements?Jusqu’à présent en Belgique, cette pratique médicale n’était encadrée d’aucune loi, si ce n’est par un consensus élaboré il y a 10 ans, en 1994. Cette année, un premier arrêté royal va enfin réglementer la pratique du traitement de substitution en Belgique. « Ce premier cadre légal est une bonne nouvelle car il va venir renforcer la prise en charge des patients toxicomanes par les médecins généralistes belges et développer la pratique de ces traitements de substitution qui ont pour objectif de stabiliser la dépendance de manière médicale et légale », déclare le Docteur Jean-Baptiste Lafontaine, ancien coordinateur du Réseau Alto[1] .
La buprénorphine, un nouveau traitement de substitutionCe nouvel arrêt royal reconnaît l’utilisation de deux traitements de substitution, la méthadone et la buprénorphine. Remboursée depuis peu en Belgique (août 2003), la buprénorphine est un opiacé de synthèse indiqué dans le traitement de substitution de la dépendance aux opiacés. L’objectif de ce traitement est de permettre à l’héroïnomane de diminuer puis d’arrêter sa consommation. Pour atteindre cet objectif, le traitement va supprimer les signes de sevrage consécutifs à l’arrêt de l’héroïne et diminuer l’ appétence pour l’héroïne.
Plus de sécurité - La buprénorphine est administrée par voie sublinguale, sous la forme de comprimés que l’on laisse fondre sous la langue. La résorption sublinguale est nécessaire pour obtenir des taux plasmatiques suffisants, ce qui rend inoffensive toute ingestion accidentelle. Ceci est important car chaque année plusieurs enfants meurent à cause d’une prise accidentelle de méthadone.
La buprénorphine, de par ses propriétés, permet de réduire d’une façon significative le risque de surdosage ou d’accident mortel grâce à un effet plafond, en dessous de la dépression respiratoire létale.
Plus de flexibilité - La meilleure sécurité de la buprénorphine permet une délivrance plus souple. Il n’est pas nécessaire d’imposer une prise quotidienne. Le médicament peut être pris un jour sur deux.
Le patient parvient plus rapidement à une phase de stabilisation: 3 à 7 jours après l’instauration de son traitement contre 21 jours minimum pour la méthadone.
Enfin, comparé à la méthadone, le potentiel de dépendance physique de la buprénorphine est peu élevé et l'interruption de sa prise ne s'accompagne donc que de faibles signes de manque.
Selon une étude importante réalisée en France – SPESUB – en 2001 auprès de 919 patients, 77% des patients traités par la buprénorphine était toujours suivi par un médecin au bout d'un an (au bout de 2 ans, ils étaient encore 67%); leur consommation d'héroïne était passée de 40 % à 11%. A noter qu’en France, entre 1994 et 1997, le nombre de décès par surdose avait diminué de 75 %. La buprénorphine y est remboursée depuis 1996.
Malgré les nombreuses études médicales qui démontrent que la toxicomanie aux opiacés est une maladie chronique nécessitant un traitement, cette maladie et son traitement souffraient encore de stigmatisation. L’arrivée de la buprénorphine permet d’élargir la palette de soins proposés aux héroïnomanes ; elle permet de parler de la toxicomanie sous un angle véritablement constructif : on peut guérir de cette maladie grâce à un dispositif de soins enrichi d’un nouveau traitement efficace et plus sûr, ajoute le Dr Lafontaine.
Enfin, « le traitement de substitution sous buprénorphine doit s’inscrire dans une approche médico-psycho-sociale, essentielle à l’obtention du succès du traitement : une équipe pluridisciplinaire au sein de laquelle le médecin généraliste tiendra une place centrale avec le pharmacien, véritable allié thérapeutique, l’assistante sociale, le centre régional pour toxicomanes, le psychiatre, l’hépatologue si nécessaire, etc … » conclut le Dr Lafontaine.
MÉTHADONE
directives légales pour la prescription
- L’examen du patient est nécessaire
- Ne pas prescrire de formes injectables
- Si la forme injectable est inévitable, tendre vers une prise orale
- Faire en sorte que la prescription ne puisse être manipulée par le toxicomane
- Limiter strictement la quantité aux besoins personnels du patient
- Évaluation régulière pour la désintoxication et la guérison du patient
- Prescription comme élément d’un encadrement médico-psycho-social global
- Éviter la prescription simultanée de plusieurs substances
[1] Réseau de médecins généralistes prenant en charge des usagers de drogues en Communauté française de Belgique, créé en 1992 dont l’objectif est d’offrir un traitement à tous les usagers de drogues le nécessitant ainsi que de prévenir et traiter les pathologies associées à la toxicomanie
Mise en ligne: 19/04/2004 - Dernière modification 07/11/2005 Contact