|
|
LES CANCERS PROFESSIONNELS,
un problème insuffisamment reconnu
Dans notre pays, la proportion de cancers d’origine professionnelle peut être raisonnablement estimée à au moins 4% de l’ensemble des tumeurs malignes (7% chez l’homme et 1% chez la femme), ce qui correspond à environ 1600 cas par an.
Il est très probable que ces taux sont sous-estimés, en particulier pour le cancer professionnel le plus fréquent, le cancer broncho-pulmonaire.
Pour cette localisation, le pourcentage de cancers professionnels(CP) pourrait atteindre 15, voire 25%, quel que soit le tabagisme.
A peine une centaine de cas est reconnue chaque année par le Fonds des Maladies Professionnelles. La faible proportion de cancers indemnisés reflète le petit nombre de demandes en réparation parvenant à l’organisme assureur.
Chez les patients cancéreux considérés de manière individuelle, il est habituellement très difficile de déterminer les causes de la lésion.
La principale raison en est que le cancer a une origine multifactorielle, ce qui signifie qu’il existe différents facteurs susceptibles de jouer un rôle dans l’apparition d’un cancer.
Ces facteurs sont : une prédisposition génétique, l’alimentation et divers facteurs environnementaux connus et moins connus, parmi lesquels les expositions professionnelles.
Dans certains cas, des substances cancérigènes utilisées à titre professionnel jouent un rôle déterminant dans l’apparition d’un cancer. C’est ainsi que le fait d’être en contact avec certaines substances ou l’exercice de certaines professions sont bien connus comme étant
d’importants facteurs de risque de développement de certains cancers typiques, mais relativement rares. On pensera ici, par exemple, au mésothéliome malin provoqué par l’amiante, au cancer du nez et des sinus chez les menuisiers, à la leucémie myéloïde aiguë due au benzène.Des études épidémiologiques ont également démontré que d’autres cancers plus fréquents, tels que certains cancers du poumon ou le cancer de la vessie, peuvent être provoqués ou favorisés par l’exercice de certaines professions, mais ici, la relation avec la profession
est dans la majorité des cas plus difficile à établir.Un cancer du poumon ou de la vessie d’origine professionnelle est en effet cliniquement et microscopiquement impossible à distinguer d’un cancer du poumon ou de la vessie lié à d’autres causes. En outre, on sait également qu’une tumeur se développe de manière asymptomatique pendant plusieurs années (souvent plus de dix ans), de sorte que l’on doit en rechercher la cause dans un passé lointain.
On devra par conséquent chercher à savoir si le patient a travaillé longtemps auparavant avec des produits cancérigènes. Il n’est donc pas facile de retrouver la cause professionnelle d’un cancer, et plus encore de la démontrer.
En général, les médecins n’accordent pas suffisamment d’attention à la possibilité de causes professionnelles aux maladies, parce qu’ils sont habituellement insuffisamment formés pour cela et parce que, dans le cas du cancer, le traitement de la maladie ne dépend généralement
pas de sa cause. Néanmoins, le patient cancéreux a le droit de faire valoir une éventuelle cause professionnelle à sa maladie et de faire examiner ce point par son médecin traitant.
Cela peut éventuellement aboutir à une reconnaissance et à une compensation financière en tant que maladie professionnelle par le Fonds des Maladies Professionnelles, auquel le patient
a cotisé durant sa carrière.
L'assurance contre les maladies professionnelles peut accorder un dédommagement pour les postes de dommages suivants:
- Incapacité de travail temporaire et permanente.
- Eloignement temporaire et définitif du risque professionnel (mesure préventive).
- Soins de santé, prothèses et appareils orthopédiques (quote-part personnelle qui dépasse le remboursement AMI).
- Aide de tiers (uniquement en cas d'incapacité de travail permanente).
- Rentes aux proches parents (ayants droit) et frais d'enterrement.
Le Fonds des Maladies Professionnelles (FMP) est chargé d'indemniser les maladies professionnelles, dont les cancers professionnels.
La prévention et l’aide aux malades sont des priorités pour la Fédération Belge contre le Cancer.
Sources:
Rôles des professionnels de la santé dans l’amélioration du système actuel de reconnaissance.
Docteur Marc BORGUET
Médecin-Directeur CESI PREVENTION ET PROTECTION
LE RÔLE DU FONDS DES MALADIES PROFESSIONNELLES - Docteur M. Vandeweerdt
LES CANCERS PROFESSIONNELS,un problème insuffisamment reconnu
Professeur Benoît Nemery
Pneumologie, Médecine du travail et expertise médicale
K.U. Leuven
La Fédération Belge contre le Cancer et les cancers d’origine professionnelle
Docteur D. Vander Steichel
Directeur scientifique de la Fédération Belge contre le Cancer
Situation des cancers professionnels en Europe
Docteur Jacques Brugère
Conseiller médical, Ligue Nationale contre le Cancer
Ancien chef de service Institut Curie, Paris
Dernière mise à jour : 07/11/05