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Quand cancer et grossesse riment

Première grossesse au monde après greffe (autotransplantation) de tissu ovarien cryopréservé 

Grâce aux progrès réalisés dans les traitements anti-cancéreux, le taux de survie des patientes atteintes d’un cancer a fortement augmenté. Malheureusement, ces traitements s’accompagnent souvent d’une ménopause précoce et d’une stérilité. Ces effets secondaires sont dus à la destruction d’une proportion significative des follicules ovariens par la chimio- et radiothérapie.

 

La banque d’ovaire a démarré à Saint Luc en 1996, grâce à des fonds du Télévie. Cette banque compte à ce jour pas moins de 136 échantillons stockés dans l’azote liquide.

C’est en juillet 1997 que le programme démarre véritablement. Une patiente de 25 ans présentant un lymphome hodgkinien de stade IV doit bénéficier d’une chimio- et radiothérapie. Elle est alors parmi les premières patientes à qui une congélation de tissu ovarien est proposée. C
inq biopsies de tissu ovarien sont prélevées par laparoscopie et conservées à 196°C. 

La patiente reçoit ensuite le traitement anti-cancéreux nécessaire: une lourde chimiothérapie (schéma MOPP-ABV hybride) et une radiothérapie (sus-diaphragmatique). 

Avec ce type de traitement, le taux de ménopause précoce et de stérilité est estimé à plus de 80%.

Après son traitement, la patiente n’est plus réglée et les taux hormonaux confirment une ménopause précoce. Vu l’absence de fonction ovarienne, un traitement hormonal de substitution est prescrit.

En 2001, la patiente souhaite attendre un enfant. Mais, les prises de sang montrent toujours des taux de ménopauseet elle ne parvient pas à être enceinte.


En février 2003, une laparoscopie avec réimplantation de tissu ovarien est proposée: une partie du tissu stocké est décongelée et greffée dans la fossette ovarique droite. 

En juin 2003, une laparoscopie de second regard est réalisée afin de connaître le pronostic de la fonction endocrinienne du fragment greffé. 

Les deux ovaires de la patiente sont tout à fait atrophiques et un follicule de 1,2 cm est visualisé au niveau du site de réimplantation. 
Les tests de viabilité cellulaire effectués sur le tissu greffé montrent des follicules primordiaux et de nombreux petits vaisseaux viables. Ce qui prouve la survie de la greffe. 

L’échographie (à partir du quatrième mois de greffe) met en évidence le développement cyclique d’un follicule au niveau du site de réimplantation, clairement séparé de l’ovaire droit atrophique. Les dosages hormonaux de FSH, LH, oestradiol et progestérone démontrent la restauration de la fonction ovarienne endocrine. 

Pour la première fois au monde, une patiente guérie d’un cancer, chez qui du tissu ovarien avait été congelé avant son traitement, retrouve une fonction ovarienne normale grâce à une greffe de tissu décongelé. Greffe qui a permis de montrer que les follicules susceptibles de permettre l’ovulation étaient parfaitement fonctionnels. 

Ces résultats encourageants ont été présentés au «1er Congrès mondial sur la Cryopréservation et la Transplantation ovarienne» qui a eu lieu à Bruxelles au mois de juin 2003. 

En janvier 2004, onze mois après la greffe, l’équipe du Pr Donnez franchit un pas supplémentaire: le test de grossesse de la patiente est positif. Depuis, les échographies montrent une grossesse évolutive avec un embryon qui grandit bien.

En avril 2004, la grossesse est à quinze semaines et les courbes de croissance et de morphologie sont tout à fait normales. 

Il s’agit de la première grossesse au monde après greffe (autotransplantation) de tissu ovarien cryopréservé. 

Cette première grossesse représente un véritable espoir pour les femmes devenues stériles à l’issue d’un traitement chimio et radiothérapeutique.

Mise en ligne le 29/04/2004  -  Dernière modification 07/11/2005   Contact