|
|
LE TABAC
Entretien avec le professeur Laurence Galanti (Centres d’aide aux fumeurs des Cliniques UCL Mont-Godinne à Yvoir et Saint-Luc à Woluwe).
Chacun le sait, beaucoup de fumeurs préfèreraient l’ignorer, le tabac est nocif pour la santé.
Plus de 4000 composés ont jusqu’à présent été identifiés dans la fumée de tabac parmi lesquels des irritants, des toxiques, des cancérigènes et bien entendu la nicotine.
Si l’on fume (tabagisme actif) ou, dans une moindre mesure, si l’on ne fume pas mais que l’on est exposé à la fumée de tabac des autres (tabagisme passif), on absorbe ces nombreux composants toxiques ce qui favorise l’apparition de diverses pathologies.
Le tabagisme passif présente donc aussi un risque pour la santé. Le fumeur a le choix de fumer ou non, le non fumeur exposé passivement à la fumée ne l’a pas. Si un fumeur a envie de fumer, il devrait veiller à ne pas le faire en présence de non fumeurs.
La nicotine est la substance responsable d’une vraie dépendance physique au tabac. Le fumeur n’est pas coupable de fumer, il en devient la victime. La nicotine agit en effet sur certaines cellules du cerveau qui, lorsqu’elles en sont privées, vont se manifester par des symptômes de manque : c’est le syndrome de sevrage. Le fumeur privé de sa cigarette va alors se sentir plus nerveux, plus irritable, plus angoissé, voire déprimé, …Quels sont les risques pour la santé lorsqu’on est exposé à la fumée de tabac ?
Le tabac et la femme enceinte.
Que se passe-t-il lorsqu’un fumeur consomme une cigarette ?
Tous le fumeurs ont-ils tout au long de leur vie toujours envie de fumer ?
Comment aider le fumeur, comment le convaincre à arrêter de fumer ?
Quels sont les risques pour la santé lorsqu’on est exposé à la fumée de tabac ?
Trois grands groupes de pathologies sont largement favorisés par l’exposition active à la fumée de tabac :
- Le cancer : cancer du poumon bien entendu mais aussi les cancers des voies aériennes supérieures comme le larynx, le cancer de la vessie et du col de l’utérus, de l’œsophage…
- Les pathologies cardio-vasculaires : infarctus, artérite, accidents vasculaires cérébraux (AVC)…
- Les pathologies respiratoires chroniques comme la bronchite chronique et l’emphysème (BPCO), ou l’asthme.
Mais le tabac a aussi une influence sur la qualité de vie : il est responsable d’une mauvaise haleine, d’une perte de l’odorat et du goût, d’une diminution du souffle, du jaunissement des dents et de la peau notamment des doigts, d’un vieillissement prématuré de la peau avec apparition plus précoce de rides, d’une augmentation des pathologies dentaires, sans parler de la diminution des performances sexuelles.
Si l’exposition passive à la fumée de tabac a aussi des effets néfastes sur la santé, cela est particulièrement vrai dans deux situations spécifiques, celle de la femme enceinte et celle de l’enfant :
Le tabac et la femme enceinte.
Le tabac est en effet nuisible pour la grossesse et pour le fœtus. On observe une diminution de la fécondité chez les femmes fumeuses : taux de conception moins élevé (les femmes fumeuses ont plus de difficultés à avoir des enfants que les femmes non fumeuses) , stérilité et échec de l’implantation in vivo plus fréquents. Chez les femmes fumeuses, on observe une augmentation des avortements spontanés et des accouchements prématurés, de rupture prématurée des membranes, de décollement et mauvais positionnement du placenta, des grossesses extra-utérines… Le tabac est responsable d’une diminution du poids de naissance du bébé le rendant plus fragile aux infections respiratoires. Le risque de prématurité et de péri mortalité est plus élevé chez les bébés de mères fumeuses. Le tabac est actuellement un des facteurs de risque important de mort subite du nourrisson.
L’idéal donc est d’arrêter de fumer avant même la conception. Si cela n’est pas le cas, il est toujours bénéfique d’arrêter de fumer quelque soit le moment de la grossesse, le plus tôt possible étant le mieux.
Lorsque la future maman fume, les différents composants de la fumée de tabac qu’elle inhale vont être absorbés par le bébé via le placenta. Ainsi, le monoxyde de carbone (CO) qui est un gaz produit lors de la combustion de toute substance organique en particulier du tabac, va chez le bébé aussi prendre la place de l’oxygène sur l’hémoglobine et ainsi être responsable d’une hypoxie chronique nocive au bon développement de l’enfant. La nicotine, elle, va se fixer sur des récepteurs nicotiniques qui apparaissent sur les cellules cérébrales du fœtus de mère fumeuse dès la quatrième semaine de gestation.
Une future maman qui fume et qui souhaite arrêter de fumer peut être aidée par une prise en charge globale qui va tenir compte de sa dépendance psychologique au tabac mais aussi de sa dépendance physique. Elle pourra avoir recours si cela s’avère nécessaire à une traitement médicamenteux par substitution nicotinique sous surveillance médicale.
Enfin une maman fumeuse peut allaiter son bébé en prenant certaines précautions comme de veiller à laisser le plus long laps de temps entre sa dernière cigarette et la tétée.
Le tabac et l’enfant
Outre le rôle important du tabac comme facteur de risque de mort subite du nourrisson, le tabagisme passif augmente le risque de bronchites, de bronchiolites, de pneumonies et d’asthme chez le nourrisson. Le tabagisme passif a également un effet nocif sur la santé du jeune enfant de plus de deux ans : il est responsable d’une fréquence accrue d’infections bronchiques et pulmonaires, d’une augmentation du risque de développer de l’asthme et de souffrir d’otites moyennes. Certaines études scientifiques ont même mis en évidence un retard de développement intellectuel chez les enfants de parents fumeurs et une augmentation du risque de cancers tels les leucémies et les lymphomes.
Que se passe-t-il lorsqu’un fumeur consomme une cigarette ?
Lorsque le fumeur tire sur sa cigarette, il absorbe de manière plus ou moins importante en fonction de son degré d’inhalation les composants de la fumée de tabac. La nicotine atteint ainsi très rapidement, en moins de dix secondes, le cerveau pour se fixer sur des récepteurs localisés sur les cellules cérébrales de la zone de récompense du cerveau. Cette fixation entraîne la libération de neuromédiateurs responsable de l’effet de détente et de plaisir ressenti lorsqu’on fume. La nicotine a aussi de multiples autres effets sur l’organisme : sur le système cardiovasculaire par exemple, elle augmente la fréquence cardiaque et contracte les vaisseaux.
La nicotine passe dans le sang et le foie où elle est transformée en d’autres produits éliminés principalement par les reins. D’autres composés sont également excrétés par les reins comme les produits cancérigènes qui, en stagnant dans la vessie, sont responsables de l’augmentation des cancers de la vessie chez les fumeurs.
Tous le fumeurs ont-ils tout au long de leur vie toujours envie de fumer ?
Le fumeur passe en général au cours de sa vie par différents stades. Le plus souvent, le fumeur occasionnel devient peu à peu un fumeur régulier. Il augmente alors sa consommation progressivement et passe au stade de fumeur heureux, satisfait : il n’a aucune envie d’arrêter de fumer. Ce stade peut durer de longues années. Mais à l'occasion d'un problème de santé, du décès d'un proche, d’une émission sur le tabac, le fumeur heureux peut se transformer en un fumeur ambivalent : il aime toujours fumer mais est partagé entre le plaisir de fumer et le désir d’arrêter. Après un temps de réflexion, il va envisager un arrêt puis faire une tentative d’arrêt. S’il ne fume plus, il devient un ex-fumeur satisfait et si, après une certain temps, il reprend sa consommation de tabac, il redevient fumeur, c’est la rechute. Un nouvel essai d’arrêt du tabac représentera une nouvelle chance de devenir un ex-fumeur définitif.
Comment aider le fumeur, comment le convaincre à arrêter de fumer ?
Pour être efficace, il faut tenir compte du stade de maturation du fumeur.
Au stade de fumeur heureux, il faut sans culpabiliser informer de manière claire et non équivoque le fumeur sur les effets du tabac sur la santé, les bénéfices lors de l’arrêt à moyen et à long terme mais aussi les bénéfices immédiats (amélioration du souffle, meilleur teint, récupération du goût et de l’odorat…), voir avec lui les avantages et les inconvénients à fumer. Au stade ambivalent, on pourra analyser ses habitudes, évaluer son degré de dépendance physique et psychologique au tabac. Lorsque le fumeur décide d’arrêter de fumer, on doit lui assurer une prise en charge globale pour l’aider à choisir une méthode d’arrêt qui lui convienne, l’aider à gérer ses envies et susciter les compensations, et prévenir la rechute.
Comment arrêter de fumer ?
Lorsqu’on arrête de fumer, il faut prendre en considération les deux aspects de la dépendance, physique et psychologique.
Pour prendre en charge la dépendance psychologique, il faut apprendre à se détendre, à se faire plaisir autrement, à trouver des compensations à l’arrêt du tabac, à s’organiser différemment pour éviter ce qui rappelle l’habitude de la cigarette.
Pour pallier au manque physique, il existe actuellement des moyens médicamenteux (bupropion et substituts nicotiniques) qui empêchent ou pour le moins limitent fortement les symptômes de manque. Les substituts nicotiniques existent sous différentes formes (patchs, gommes, comprimés, spray nasal ou encore inhaler) qui peuvent être cumulées et qui doivent être prescrites à des doses correspondant aux besoins de chaque fumeur et pour des périodes suffisamment longues.
Diminuer le nombre de cigarettes fumées ou consommer des cigarettes plus légères n’est pas la solution. En effet, le fumeur, par un phénomène conscient ou inconscient, va chercher à absorber « sa » dose c’est à dire que pour compenser ce manque d’apport , il aura tendance à tirer plus sur sa cigarette, à la fumer le plus loin possible laissant un mégot plus petit.
Un fumeur qui arrête de fumer devient un ex fumeur, il ne sera jamais plus un non fumeur. Une seule cigarette fumée, et c’est dans la majorité des cas la rechute !
Tout fumeur peut se faire aider lors de l’arrêt du tabac par son médecin traitant ou en faisant appel à un centre d’aide aux fumeurs spécialisé dans ce type de prise en charge. Pour plus d’informations à ce sujet, il est possible de s’adresser à la FARES au 02/512.29.36 ou de se rendre sur le site http://www.fares.be/tabagisme/arreter/arreterb.htm .
Dernière mise à jour : 07/11/05